R.I.P. Christiane BESSE traductrice (dont Harlem Quartet de James BALDWIN)



C'est avec un grand chagrin que nous apprenons de l'éditeur Philippe Rey la disparition hier de la grande traductrice et directrice de collection CHRISTIANE BESSE.


Elle avait traduit entre autres James Baldwin (son dernier roman Harlem Quartet) ainsi que Maya Angelou (Rassemblez-vous en mon nom), William Boyd, Amitav Ghosh et Shashi Tharoor.

Christiane était une grande dame que j'ai eu la chance de rencontrer en 1993 au tout début de la création du Collectif James Baldwin. Elle m'avait reçu plusieurs fois dans son bureau de chez Stock pour m'entretenir de son amitié avec Jimmy et de comment elle avait traduit - avec sa complicité - son dernier roman Harlem Quartet. D'ailleurs celui-ci considérait l'ouvrage comme son livre le mieux traduit en français!!


C'est Christiane qui, en décembre 1987, et avant que le corps de Baldwin ne s'envole New-York pour des funérailles grandioses à la cathédrale Saint-John The Divine, se chargea personnellement d'organiser une cérémonie intime à l'Eglise américaine de Paris devant quelques amis et avec Yves Montand et Guy Bedos, réconciliés pour l'occasion, qui liront des passages des Saintes Ecritures.

Repose en paix Christiane. Merci pour ta confiance. Je ne t'oublierai jamais.


- Samuel Légitimus Président du Cillectif James Baldwin *




Voici ce qu'écrit Philippe Rey sur sa page:

"Je n'oublierai jamais qu'elle était à mes côtés lorsque j’ai fondé la maison d’édition (ici en 2004 lors de notre premier Salon du Livre) : Christiane Besse nous a quittés hier au terme d’une vie digne d’un roman.

Née au Sénégal, ayant grandi au Maroc dans une famille de père militaire, Christiane connut une première carrière de journaliste auprès de Pierre Lazareff, durant les grandes années de France Soir. Son mariage avec Antonin Besse la mena au Yémen où ce dernier possédait de nombreuses affaires. Années trépidantes entre le Moyen-Orient et l’Angleterre. Au Liban et en Syrie, Christiane participa à des fouilles archéologiques. Elle me racontait comment ils prenaient l’avion parfois pour aller dîner en Éthiopie chez leur ami l’empereur Haïlé Sélassié…

Après cette vie fastueuse, l’arrivée au pouvoir d’un régime marxiste au Yémen avec son cortège de nationalisations, ramena Christiane et Tony à Paris.

Et c’est là qu’à l’approche de la soixantaine, Christiane entama une carrière de traductrice et d’éditrice. Avec la complicité de Françoise Adelstain, qui officiait alors chez Balland, elle traduisit James Baldwin (dont elle fut une proche amie), Maya Angelou, puis surtout William Boyd (dont elle a traduit presque tous les livres), Amitav Ghosh, Shashi Tharoor.

Je l’ai connue chez Stock où Claude Durand la nomma à la tête de la Cosmopolite. Elle y publia Joyce Carol Oates, André Brink, Taslima Nasreen. J’ai le souvenir d’un voyage mémorable (et assez périlleux) qu’elle fit à Rangoon pour passer une semaine avec Aung San Suu Kyi et mettre au point un volume d’entretiens qui parut en 1996. Et que dire de l’évènement de la venue orchestrée par Christiane en 1994 de Taslima Nasreen, pourchassée par les islamistes, ce qui nous valut d’être les éditeurs les mieux protégés du monde, la rue du Sommerard étant tapissée de cars de CRS.

Lorsque je formais le projet de créer ma maison d’édition en 2002, Christiane fut tout de suite partante et durant de nombreuses années s’investit avec passion dans l’aventure. C’est à elle que je dois le bonheur d’être l’éditeur de Joyce Carol Oates, Peter Ackroyd, Joyce Maynard… Formidable lectrice, rien ne lui échappait !

Mais Christiane, c’était surtout une joie de vivre, une amie inconditionnelle, une femme généreuse qui aida et forma plusieurs jeunes traductrices (dont par exemple Nathalie Bauer et Claude Seban). Avenue du Président Wilson, durant ces dernières années où elle ne pouvait plus venir au bureau, Christiane était toute écoute, bienveillance, enthousiasme, humour et passion. Jusqu’au bout.

Une grande tristesse mais aussi une tout aussi grande reconnaissance m’habite ce matin.

Merci, Christiane!


Philippe Rey

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