"JIMMY BALDWIN: UN AMOUR FRATERNEL" par le Dr MAYA ANGELOU

December 7, 2014

(traduit par Samuel Légitimus)

 

Maya Angelou délivra ce texte le 8 décembre 1987, lors des funérailles de son ami Jimmy à la cathédrale Saint John The Divine de New York

 

Des discours seront prononcés, des essais et de lourds ouvrages seront publiés sur les différentes vies de James Baldwin. Certaines légendes seront propagées et quelques vérités seront dites également. Quelqu'un parlera de l'essayiste James Baldwin; de son rôle en tant que prophète biblique, qui, tel un Esaïe, exhorta son pays à se repentir de sa méchanceté dans le but de se forger un esprit sain et un cœur pur. D'autres examineront Baldwin le dramaturge et le romancier qui brûla avec une juste indignation du manque de bienveillance, de l'absence d'amour et de l'hypocrisie terrifiante, dont il fut témoin dans les rues des États-Unis et qu’il pressentit dans les cœurs de ses concitoyens.

 

Je vais vous parler, quant à moi, de James Baldwin, mon ami et mon frère.

 

''Un homme brun, trapu vint à la porte et me regarda. Il avait les yeux les plus extraordinaires qui soient. Quand il eut achevé son examen instantané au rayon X de mon cerveau, de mes poumons, de mon foie, de mon cœur de mes intestins et de ma colonne vertébrale, il me sourit et me lança "Entrez donc !», et il ouvrit la porte. Oui, il l’ouvrit bien grande, Seigneur! J’allais entendre Beauford chanter "Open the Unusual Door'' de nombreuses fois au cours des années suivantes.» 

 

C’est ainsi que James Baldwin décrit sa rencontre avec - et sa prise en charge par - Beauford Delaney, le peintre afro-américain provocateur qui allait élargir et enrichir sa vie.

Sa description de Delaney pourrait parfaitement convenir à Baldwin lui-même, car lui aussi était petit, avait la peau brune et possédait les yeux les plus extraordinaires qui soient.

 

Mes premières rencontres avec Jimmy eurent lieu, de manière furtive, dans les boites de nuit parisiennes, lorsque lui, moi et le monde étions assez jeunes pour nous croire indépendamment récupérables. Mais nous sommes réellement devenus amis à la fin des années 50, alors que l’Amérique était en passe de faire son saut quantique dans l'avenir, alors que Martin Luther King, Rosa Parks et les autres Sudistes se préparaient à une seconde guerre civile en l’espace d'un siècle et alors que Malcolm X donnait voix à la colère dans les rues et dans les esprits des Noirs des villes du Nord.

 

Dans cette débauche d'impulsions de ferveur politique, James Baldwin et moi nous sommes de nouveau rencontrés et nous sommes aimés. Nous avons discuté de courage, de droits de l'homme, de Dieu et de justice. Nous avons parlé des Noirs et de l'amour, et des Blancs et de la peur.

 

Bien que Jimmy soit réputé en tant que dramaturge accompli, peu de gens savent qu'il était aussi un acteur frustré.

J'ai tenu un rôle dans la pièce « Les Nègres » de Jean Genet et, puisque Jimmy connaissait personnellement l’auteur ainsi que la pièce dans sa langue originale -  le français - rien n’aurait pu l'empêcher de me conseiller sur ma prestation. Il m’offrit mes premières balades en limousine, me prépara le terrain pour la composition de mon premier roman 'Je sais pourquoi l’oiseau en cage chante' , m'encouragea à suivre un cours de cinématographie, en Suède, et me dit que j'étais intelligente et très courageuse. J’ai su que Jimmy m'aimait lorsqu’il me donna à Gloria et Paula, à Wilmer et David Baldwin et tout le reste de ses frères et sœurs et quand il m'amena à maman Baldwin en lui disant: « La dernière chose dont tu avais besoin: une fille de plus. Pourtant, la voilà! »

 

Je savais qu'il savait que les femmes noires peuvent trouver des amants aux coins des rues ou même sur les bancs d'église, mais que les frères eux, sont difficiles à trouver et sont pourtant aussi nécessaires que l'air et aussi précieux que l'amour. James Baldwin savait que dans ce monde désolé, dans ces temps cruels qui n’ont rien de sain, les femmes noires ont un besoin criant de frères. Il savait que l'amour d’un frère peut racheter la douleur d'une sœur.

 

Son amour a ouvert la « porte inusitée » pour moi et je suis heureux que James Baldwin ait été mon frère.

  

--------------------------------------

 

"JIMMY BALDWIN:  A BROTHER'S LOVE" - by Dr MAYA ANGELOU

 

Maya Angelou delivered these remarks at the funeral of James Baldwin, Dec. 8, in the Cathedral Church of St. John the Divine, New York

 

Speeches will be given, essays written and hefty books will be published on the various lives of James Baldwin . Some fantasies will be broadcast and even some truths will be told. Someone will speak of the essayist James Baldwin in his role as the biblical prophet Isaiah admonishing his country to repent from wickedness and create within itself a clean spirit and a clean heart. Others will examine Baldwin the playwright and novelist who burned with a righteous indignation over the paucity of kindness, the absence of love and the crippling hypocrisy he saw in the streets of the United States and sensed in the hearts of his fellow citizens.

 

I will speak of James Baldwin, my friend and brother.

 

''A short brown man came to the door and looked at me. He had the most extraordinary eyes I'd ever seen. When he completed his instant X-ray of my brain, lungs, liver, heart, bowels and spinal column, he smiled and said, 'Come in,' and opened the door. He opened the door all right. Lord! I was to hear Beauford sing later for many years 'Open the Unusual Door.' ''

Thus James Baldwin describes meeting and being met by Beauford Delaney, the provocative black American painter who was to enlarge and enrich Baldwin's life. Baldwin 's description of Delaney fitted Baldwin as well, for he, too, was small and brown and had the most extraordinary eyes.

 

I first met Jim fleetingly in the boites of Paris when he and I and the world were young enough to believe ourselves independently salvageable. But we became friends in the late 50's, just as the United States was poised to make its quantum leap into the future, as Martin Luther King, Rosa Parks and other Southerners were girding themselves for the second Civil War in 100 years and while Malcolm X was giving voice to the anger in the streets and in the minds of Northern black city folks.

 

In that riotous pulse of political fervor, James Baldwin and I met again and liked each other. We discussed courage, human rights, God and justice. We talked about black folks and love, about white folks and fear.

 

Although Jimmy was known as an accomplished playwright, few people knew that he was a frustrated actor as well. I had a role in Jean Genet's play ''The Blacks,'' and since Jimmy knew Genet personally and the play in the original French, nothing could keep him from advising me on my performance. He furnished me with my first limousine ride, set the stage for me to write ''I Know Why the Caged Bird Sings,'' encouraged me to take a course in cinematography in Sweden and told me that I was intelligent and very brave. I knew Jim loved me when he gave me to Gloria and Paula, Wilmer and David Baldwin and all the rest of his siblings and when he took me to Mother Baldwin and said: ''Just what you don't need, another daughter, but here she is.''

 

I knew that he knew black women may find lovers on street corners or even in church pews, but brothers are hard to come by and are as necessary as air and as precious as love. James Baldwin knew that black women in this desolate world, black women in this cruel time which has no soundness in it, have a crying need for brothers. He knew that brother's love redeems a sister's pain. His love opened the unusual door for me and I am blessed that James Baldwin was my brother.

 

Please reload

Featured Review

UNE GRANDE JOURNÉE DE CÉLÉBRATION JAMES BALDWIN au 100 ECS de Paris

November 15, 2018

1/10
Please reload

Tag Cloud